26 avril 2013

Le héron en argot par Pierre Perret d'après la Fable de Jean de La Fontaine!

Le héron en argot par Pierre Perret


Un jour sur ses fumerons

Longs comme un jour sans pain

Un héron au long bac emmanché d'un colbec

Heu... au long bec emmanché d'un colbac

Pêchait sur son barlu de maousses poiscailles.

Ne voulant s'embourber que de rises de taille

De tous ceux qu'il biglait il voulait toujours

plus.

Il virait les tétards, délaissait les minus

Du raffiot méprisant il reluquait la baille

Quoi, ce ne sont que tanches ?

N'auraiss-je que ce fretin

Pour me beurrer les hanches ?

Une carpe peut-être ?

Non, cette vieille mule

A beaucoup trop d'arêtes

Pour les p'tites mandibules.

Est-ce pour un goujon ou une ablette plate

Que j'irais, moi, héron, me désosser la rate ?

Matant ce défilé de pescal trop bléchard

Il dit: ça c'est que dalle, j'attendrai un mastard.

Cependant qu'Césarin se montait l'bourrichon,

En guise de brochet, il arrachait qu'des grolles.

Et même du quarante-quatre avec des cornichons

Ca vous fout le gésier comme une lampe à pétrole.

Finalement, à défaut de ram'ner Moby Dick,

Il sortit un minable escargot rachitique.


Moralité:

Si la jolie rouquine

Aux gros nibards vient pas

Prends toujours sa frangine

Avec ses oeufs au plat.

Le héron de Jean de La Fontaine


Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,

Le Héron au long bec emmanché d’un long cou.

Il côtoyait une rivière.

L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux

jours ;

Ma commère la carpe y faisait mille tours

Avec le brochet son compère.

Le Héron en eût fait aisément son profit :

Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à

prendre ;

Mais il crut mieux faire d’attendre

Qu’il eût un peu plus d’appétit.

Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.

Après quelques moments l’appétit vint : l’oiseau

S’approchant du bord vit sur l’eau

Des Tanches qui sortaient du fond de ces

demeures.

Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux

Et montrait un goût dédaigneux

Comme le rat du bon Horace.

Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse

Une si pauvre chère ?

Et pour qui me prend-on ?

La Tanche rebutée il trouva du goujon.

Du goujon ! c’est bien là le dîner d’un Héron !

J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !

Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon

Qu’il ne vit plus aucun poisson.

La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :

Les plus accommodants ce sont les plus habiles :

On hasarde de perdre en voulant trop gagner.

Gardez-vous de rien dédaigner ;

Surtout quand vous avez à peu près votre compte.

Bien des gens y sont pris ; ce n’est pas aux Hérons

Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte ;

Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons.


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